Méthode de recherche

Du nom gravé à l'histoire retrouvée

Une démarche de recherche historique à partir des Monuments aux Morts.

Un Monument aux Morts donne à voir une liste de noms. Le travail de recherche commence précisément là où cette liste s'arrête.

Derrière chaque inscription se trouve un individu dont l'existence peut, dans une mesure variable, être retrouvée à travers les archives : un lieu de naissance, un niveau d'instruction générale, une profession, une famille, une commune de résidence, une classe de recrutement, un parcours militaire, une unité, puis une date, un lieu et une circonstance de décès et enfin un lieu d'inhumation et de repos.

Le Mémorial 14-18 du Maine-et-Loire repose sur une démarche qui consiste à partir des noms inscrits sur les Monuments aux Morts des villes et villages du Maine-et-Loire pour rechercher les traces documentaires permettant de restituer les parcours des hommes qu'ils désignent.

Le corpus est volontairement limité aux militaires reconnus « Morts pour la France » pendant la Première Guerre mondiale. Cette sélection constitue le critère de référence du projet : un nom relevé sur un Monument aux Morts n'est intégré au corpus que lorsque les recherches permettent d'établir son appartenance à cette catégorie.

Objectif : redonner de la vie aux noms gravés sur les Monuments aux Morts et permettre à toutes et tous de découvrir les parcours des soldats du Maine-et-Loire Morts pour la France durant la Première Guerre mondiale.

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Constituer le corpus à partir des relevés sur les Monuments aux Morts

Le point de départ de la recherche est constitué par les Monuments aux Morts des villes et villages du département de Maine-et-Loire.

Les noms qui y sont inscrits constituent le point de départ du recensement. Ils ne sont toutefois pas intégrés automatiquement au corpus.

Chaque inscription fait l'objet d'une recherche dans les fiches individuelles disponibles sur Mémoire des Hommes , afin d'identifier le militaire et de déterminer si une fiche correspondant à la mention « Mort pour la France » peut être retrouvée.

Cette distinction est importante : le Monument aux Morts constitue le point de départ documentaire, tandis que la reconnaissance « Mort pour la France » constitue le critère de sélection du corpus.

Un nom peut être incomplet, présenter une variante orthographique ou correspondre à plusieurs individus portant le même patronyme. Le monument peut également ne pas fournir l'ensemble des informations nécessaires à l'identification.

Le relevé constitue donc un point de départ documentaire, qui est ensuite confronté aux autres sources historiques et d'archives disponibles.

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Identifier l'individu derrière le nom

L'étape suivante consiste à déterminer avec le plus de précision possible qui se trouve derrière le nom gravé.

La recherche s'appuie sur la confrontation de plusieurs critères : nom, prénom, date et lieu de naissance, commune de résidence, âge, profession, classe de recrutement, unité militaire et date de décès.

Ces éléments permettent de distinguer les homonymes et de vérifier que les différents documents consultés concernent bien le même individu.

L'identification n'est donc pas fondée sur la seule correspondance d'un nom. Elle repose sur un faisceau d'indices concordants.

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Interroger les sources

Une fois l'individu identifié, la recherche se poursuit dans les fonds permettant de documenter son parcours.

Fiches matricules militaires

Elles permettent notamment d'étudier l'état civil, le domicile, la profession, la classe de recrutement, le niveau d'instruction générale et le parcours militaire, ainsi que les événements consignés au cours de la carrière militaire.

Mémoire des Hommes

Les fiches individuelles du portail du ministère des Armées permettent notamment de rechercher les militaires reconnus « Morts pour la France » et de vérifier les informations relatives à l'unité, à la date et au lieu du décès ainsi qu'aux circonstances de celui-ci.

Consulter les fiches « Morts pour la France » sur Mémoire des Hommes

Journal officiel de la République française

Les archives du Journal officiel de la République française, librement consultables sur Gallica, peuvent notamment permettre de vérifier et de documenter plus précisément certaines circonstances de décès ainsi que les éventuelles décorations et distinctions conférées aux soldats.

Autres sources

Selon les besoins de la recherche peuvent également être consultées d'autres sources, telles que les systèmes de gestion des cimetières, les archives communales ou départementales, ainsi que la base des sépultures de guerre mise en ligne par le ministère des Armées et des Anciens Combattants.

Aucune de ces sources n'est nécessairement suffisante isolément : la recherche consiste précisément à les faire dialoguer.

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Confronter les documents

Les archives ne livrent pas toujours une information identique d'un document à l'autre.

Une commune peut apparaître sous une ancienne dénomination, une profession peut être formulée différemment, un nom peut présenter une variante orthographique ou une affectation militaire peut être renseignée de manière incomplète.

La confrontation des sources permet de distinguer ce qui est confirmé, ce qui peut être raisonnablement établi et ce qui demeure incertain.

Il ne s'agit donc pas seulement de collecter des informations, mais également d'en apprécier la concordance et la valeur documentaire .

La chaîne de recherche

Relevé sur les Monuments aux Morts
Nom relevé
Identification du soldat
Recherche dans Mémoire des Hommes
Sélection « Mort pour la France »
Recherche documentaire
Confrontation des sources
Fiche individuelle
Structuration des données
Traitement automatisé
Statistiques
Croisement et analyse
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Construire la fiche individuelle

Les informations retenues sont ensuite organisées au sein d'une fiche individuelle.

La fiche rassemble les principaux éléments permettant de restituer le parcours du militaire : identité, naissance, résidence, profession, niveau d'instruction générale, classe de recrutement, parcours militaire, unités, régiments, date et lieu du décès et circonstances de celui-ci.

Il ne s'agit pas de recopier intégralement les fiches matricules, mais d'en extraire et d'en structurer les informations utiles à la compréhension du parcours individuel et à l'exploitation du corpus.

La fiche constitue à la fois une restitution de l'histoire individuelle du soldat et une unité documentaire au sein d'un corpus plus vaste.

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Structurer et traiter les données

Une fois les informations historiques recueillies et vérifiées, elles sont structurées au sein d'une base de données afin de pouvoir être recherchées, comparées et analysées.

Les données saisies sont organisées selon différents champs : identité, naissance, commune de résidence, profession, niveau d'instruction générale, classe militaire, unité, régiment, date et lieu de décès ou encore circonstances de celui-ci.

Lorsque les sources présentent des formulations différentes pour une même réalité, certaines données peuvent faire l'objet d'une normalisation destinée au traitement informatique. Cette opération permet notamment de regrouper des informations comparables sans modifier le contenu historique de la source.

Une distinction est ainsi maintenue entre l'information historique, telle qu'elle apparaît dans les documents, et les données structurées utilisées pour effectuer les recherches et produire les analyses statistiques.

Une partie de l'exploitation de ces données est ensuite automatisée : les informations enregistrées dans la base sont traitées par des fonctions informatiques qui effectuent les comptages, regroupements et croisements nécessaires à la production des statistiques.

L'automatisation intervient donc dans le traitement des données, et non dans leur interprétation historique. Les résultats statistiques reposent en amont sur le travail de relevé, de recherche, d'identification, de vérification et de structuration des informations.

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Du parcours individuel à l'analyse du corpus

La structuration des données permet de changer d'échelle : le parcours d'un soldat peut être étudié individuellement, mais l'ensemble des fiches peut également être considéré comme un corpus documentaire.

Le traitement informatisé de ce corpus permet de produire des statistiques globales à l'échelle du Maine-et-Loire. Il devient ainsi possible d'observer la répartition des soldats selon différents critères et d'étudier certaines caractéristiques communes aux parcours documentés.

Les données peuvent notamment être analysées selon l'âge, le niveau d'instruction générale, la profession, la classe militaire, le régiment, l'année ou les circonstances du décès.

Le système permet également de changer d'échelle géographique et de produire des statistiques par commune de résidence. Chaque fiche étant rattachée à une commune de résidence lorsqu'elle peut être établie, les données peuvent être regroupées afin de faire apparaître, pour chaque commune, le nombre de soldats documentés et leurs principales caractéristiques.

Cette possibilité permet de rapprocher l'histoire individuelle des soldats de celle des territoires auxquels ils étaient rattachés. Une commune peut ainsi être étudiée non seulement à travers les noms inscrits sur son Monument aux Morts, mais également à travers les données historiques réunies pour les individus qui y résidaient.

Les données peuvent enfin être croisées entre elles : par exemple une commune et une année de décès, une profession et une classe militaire, ou encore une commune de résidence et les circonstances de décès.

La statistique intervient ainsi après le travail documentaire : elle ne produit pas la source, mais permet d'en explorer la structure, d'en mesurer certaines caractéristiques et de faire apparaître des phénomènes collectifs.

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Produire des statistiques à différentes échelles

L'architecture de la base permet d'exploiter les données à plusieurs niveaux.

À l'échelle du Maine-et-Loire, les données du corpus peuvent être agrégées afin de produire une vision d'ensemble des soldats actuellement documentés.

À l'échelle locale, le même principe permet de générer des statistiques propres à chaque commune de résidence. Les résultats sont ainsi calculés à partir des mêmes données structurées, mais appliqués à un périmètre géographique déterminé.

Cette organisation permet notamment de comparer les territoires, d'observer leurs caractéristiques propres et d'étudier la manière dont les parcours individuels s'inscrivent dans l'histoire des communes du département.

Les statistiques ne constituent toutefois pas une fin en elles-mêmes : elles sont un outil d'exploration du corpus, destiné à faire apparaître des régularités, des écarts ou des particularités qui peuvent ensuite être confrontés aux sources historiques.

Interpréter les résultats avec prudence

Les statistiques présentées sur le site portent sur les fiches actuellement intégrées au corpus.

Elles décrivent donc l'état du corpus au moment de leur consultation. Tant que le recensement n'est pas achevé, elles ne peuvent être automatiquement généralisées à l'ensemble des Morts pour la France liés au Maine-et-Loire.

Les statistiques par commune reposent, quant à elles, sur la commune de résidence renseignée dans les fiches. Elles ne constituent donc pas nécessairement un décompte des personnes nées dans la commune ou des seuls noms figurant sur son Monument aux Morts.

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Documenter l'incertitude

La recherche historique rencontre nécessairement des lacunes.

Certaines informations ont disparu, certains documents sont incomplets, certaines écritures sont difficiles à lire et certaines contradictions demeurent parfois impossibles à résoudre.

L'absence d'une donnée ne doit donc pas conduire à la compléter par une supposition.

Ne pas savoir fait partie du travail historique.

La rigueur d'une base documentaire réside aussi dans sa capacité à distinguer ce qui est établi de ce qui demeure incertain.

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Un corpus appelé à évoluer

Le Mémorial constitue un corpus documentaire en construction.

Chaque nouvelle recherche peut apporter un nom, une source supplémentaire, une correction ou une précision. Les fiches existantes peuvent donc être complétées ou modifiées lorsque de nouveaux éléments permettent d'améliorer leur documentation.

Le nombre de soldats présenté sur le site correspond aux fiches intégrées au corpus à un moment donné. Il ne constitue pas, à ce stade, un recensement exhaustif de l'ensemble des Morts pour la France liés au Maine-et-Loire.

La méthode peut finalement se résumer en quatre mouvements :

Relever. Partir des noms inscrits sur les Monuments aux Morts.

Établir. Identifier les individus, retrouver les sources, confronter les documents et constituer les fiches.

Structurer. Organiser les données, les traiter informatiquement, produire des statistiques à l'échelle du département et des communes de résidence, puis croiser les informations.

Comprendre. Faire apparaître, derrière les parcours individuels, les éléments d'une histoire collective.

Entre le nom gravé dans la pierre et l'histoire que les archives permettent encore de retrouver, se construit le travail du Mémorial.